L'artificialisation
I. Définition d'artificialisation
L'artificalisation est l'altération d'origine humaine d'un milieu dit "naturel" (l'IFEN parle de "consommation d'espaces naturels"). Ce mot sous-entend donc d'avoir une définition claire et consensuelle du concept de naturalité, ce qui est intrinsèquement impossible étant donné le niveau de subjectivité qu'implique ce terme. La naturalité peut être considérée comme la nature en l'absence de l'homme, auquel cas l'artificialisation se résume à une mesure de l'impact humain sur un état de référence pré-anthropique (en celà, cette définition se rapproche de celle utilisée par l'Alberta Biodiversity Monitoring Institute avec les indicateurs d'intégrité). Ce type de définition s'applique relativement bien pour des zones géographiques où la présence humaine sédentaire est récente, comme le Canada.
Mais dans de nombreuses régions du monde, la naturalité peut difficilement se concevoir sans l'homme, en particulier dans le milieu méditerranéen où la plupart des paysages ouverts ont été façonnés par l'utilisation humaine depuis plusieurs millénaires, et où la biodiversité est en partie liée à cette occupation ancestrale. Dans ce cas la naturalité ne peut plus se concevoir par rapport à un état de référence sans l'homme (qui serait totalement fictif), mais par rapport à un état désiré de bon état des écosystèmes, généralement synonyme d'un haut niveau de biodiversité. L'artificialisation n'est alors plus considérée comme "l'empreinte humaine totale" mais comme une mesure des processus modernes et extrêmes d'artificialisation, reconnus comme causant une perte de diversité et une forte perturbation des cycles naturels. Plusieurs phénomènes sont ainsi identifiés comme facteurs d'artificialisation dans la région : -
l'extension urbaine - l'extension agricole intensive (comblement et drainage des zones humides, dérochages, défrichages)
- le développement des infrastructures de transport
- l'aménagement des cours d'eau (busages, digues, enrochements, barrages)
- les aménagements côtiers (épis, brise-lames, etc)
- [autres ?]
Remarque : certaines causes d'artificialisation diffuse liées à des usages non durables (intensification de l'agriculture, de la foresterie, de la pêche) sont traitées dans d'autres parties (pollutions, exploitation des ressources, usages durables, fonctionnement des écosystèmes).
II. Indicateurs existants
1. Indicateurs européens
Pas d'indicateur européen officiellement validé, mais un document d'évaluation de l'objectif d'arrêter l'érosion de la biodiversité avant 2010 (EEA, 2008) compléte l'indicateur (4) Ecosystem coverage par une analyse complémentaires des données Corine Land Cover évoquant un tel indicateur :Extension of urban land by 2000 at the cost of other land types (1990)
Cette analyse correspond aux surfaces affectées par catégories de couverture du sol (artificial areas, arable land & permanent crops, pastures & mosaics, forested land, semi-natural vegetation, open spaces / bare soils, wetlands, water bodies)
2. Indicateurs nationaux
La SNB propose quant à elle un indicateur national d'artificialisation :(22) Surface artificialisée annuellement
Cet indicateur permet de suivre la consommation d'espaces dits peu artificialisés par les espaces artificialisés (au sens de Corine Land Cover donc essentiellement urbains et industriels), par les infrastructures de transport, et par les milieux agricoles.
Cet indicateur est une déclinaison de l’indicateur (10) Evolution de l’occupation du sol.
Les postes de Corine Land Cover sont regroupés en trois grandes categories de milieux :
- artificialisés
- agricoles
- naturels et semi-naturels. Cette dernière catégorie est elle-même subdivisée en :
- milieux ouverts
- milieux fermés
- milieux humides et aquatiques
- milieux avec peu ou pas de végétation
3. Autres indicateurs
Suisse
(E3) Surface des zones laissées à la natureCet indicateur correspond en réalité à la surface de "forêts sauvages" selon la définition de l'Inventaire Forestier National suisse.
ORGFH LR
(I1 et I2) Rapport SAU totale / surface urbaniséeCette proposition souligne l'importance de suivre l'érosion de la surface agricole utile par les zones artificialisées. Les meilleures terres agricoles sont en effet souvent les terres maraîchères de plaine autour des grandes villes en expansion. Cependant, cet indicateur traduit-il plus un enjeu pour la biodiversité qu'une préoccupation économique et politique ?
III. Réflexions
Il est indispensable de réfléchir à la définition d'artificialisation répondant au mieux aux préoccupations des acteurs de la biodiversité. Deux questions doivent être posées :=> artificialisation, par quoi ?
=> artificialisation, de quoi ?
Les réponses possibles sont nombreuses :
Artificialisation par quoi ?
- milieux artificiels stricts (urbains, industriels, infrastructures)
- tissu urbain uniquement
- réseau routier
- milieux agricoles intensifs
- autres ?
Artificialisation de quoi ?
- ensemble milieux agricoles + milieux naturels et semi-naturels
- ensemble milieux agricoles + milieux naturels et semi-naturels ouverts (cas de la SNB)
- ensemble milieux agricoles + milieux naturels et semi-naturels fermés (cas de la SNB)
- ensemble des milieux naturels et semi-naturels (hors agriculture)
- forêts
- milieux ouverts naturels ou semi-naturels (non agricoles)
- milieux agricoles (érosion de la SAU)
- milieux humides
Quel modèle de paysage ?
Se poser ces questions revient à choisir un modèle de paysage. Voici quelques exemples, du plus simple (modèle binaire) au plus compliqué :
Le problème d'un modèle binaire est de définir ce qui est artificiel par rapport à ce qui ne l'est pas. En particulier, intègre-t-on les milieux agricoles dans les milieux artificiels (fortement impactés par l'homme) ou non. Du point de vue agricole, l'artificialisation a plutôt tendance à désigner l'extension urbaine au détriment des espaces agricoles, mais d'un point de vue écologique, certains milieux agricoles sont fortement artificialisés (et pauvres en diversité) comme les zones maraîchères, les vignes intensives, les grandes cultures intensives etc, alors que d'autres sont considérés comme semi-naturels (pâturages extensifs, par ex.).
Le modèle triple urbain-agricole-naturel (naturel est ici considéré comme tout ce qui est non-urbain et non-agricole) a l'avantage de dissiper cette ambiguïté. Il permet de mesurer l'étalement urbain au détriment des espaces agricoles et au détriment des espaces naturels, mais aussi l'extension agricole (ou la régression, dans une dynamique de déprise) au détriment des mêmes espaces naturels.
Le modèle triple artificiel-ouvert-fermé utilisé au niveau national (indicateur Dominance, dans le paysage, des milieux peu artificialisés de la SNB) relève d'un autre choix. En particulier, il ne permet pas de distinguer les milieux agricoles des milieux urbanisés.
Le dernier modèle "complexe" est celui qui correspond à l'indicateur d'artificialisation proposé au niveau national. Il suppose que l'on souhaite distinguer un certain nombre de types d'artificialisation, en séparant les milieux urbain, agricole, naturels fermé ou ouvert, zones humides et milieux peu végétalisés. Il en découle une grande quantité de chiffres difficile à interpréter, mais qui permettent d'avoir une vision plus précise des phénomènes qui ont lieu.
IV. Propositions
1. Choix d'un modèle
Nous proposons de cibler les questions les plus intéressantes pour la Languedoc-Roussillon :- Artificialisation des milieux naturels (et semi-naturels),
- => par les milieux artificiels (de type urbain, industriel, infrastructures)
- => par l'agriculture intensive
- Artificialisation des milieux agricoles (perte de SAU au profit de l'urbanisation)
- Artificialisation des milieux ouverts (naturels et semi-naturels - ou agricoles extensifs)
- Artificialisation des milieux fermés (forêts)
Etant donné les données disponibles, nous proposons de créer un indicateur d'artificialisation répondant à ces 4 questions, basé sur Corine Land Cover (dans un souci d'homogénéité), et sur OCSOL (pour plus de précision).
2. Obtention d'un indicateur plus agrégé
Dans un objectif de communication avec des publics variés, il semble possible de définir un niveau plus intégré de cet indicateur :- si on suit la définition des espaces peu artificialisés de la SNB (indicateur Dominance, dans le paysage, des milieux peu artificialisés) une mesure globale d'artificialisation peut être le simple suivi de la surface des milieux artificialisés (urbains + agricoles) par rapport à celle des milieux naturels et semi-naturels (ouverts + fermés)
- voir également la méthodologie correspondant à la carte fournie dans le cahier technique de la SRB
3. Conclusion
=> voir la fiche indicateur "Artificialisation"Remarques :
- Pour des chiffres beaucoup plus détaillés sur le devenir d'habitats particuliers, nous proposons un autre indicateur dans la partie conversions des habitats. C'est le cas des milieux humides.
- Le cas des cours d'eau est traité séparément
