Diversité domestique
La diversité des cultures et des animaux domestiques constitue d'une part, un support de la vie sauvage, et d'autre part, un patrimoine historique important, puisque certaines variétés sont issues d'un processus de sélection ayant débuté il y a plusieurs milliers d'années. En outre, la biodiversité domestique constitue un facteur d'appropriation de l'observatoire par le grand public et par les politiques, car ce thème est plus proche des préoccupations utilitaires communes (alimentation, santé, environnement immédiat des zones les plus habitées).I. Diversité domestique génétique
La diversité génétique domestique concerne d'une part la diversité des variétés cultivées (cultures maraichères, fruitières, céréalières, vignobles, mais aussi arbres en foresterie) et d'autre part la diversité des races d'élevage (ovins, caprins, bovins, volailles, mais aussi poissons en aquaculture). Elle est parfois étendue à d'autres groupes d'animaux domestiques (chiens, chats etc).Elle constitue un patrimoine historique irremplaçable issu de longs efforts de sélection. A l'échelle régionale, une attention particulière doit être portée vers les variétés ayant une origine historique régionale (mais pouvant être cultivées ailleurs), et vers les variétés menacées possédant une importante proportion de leur surface de culture dans la région.
A titre d'exemple, pour les pommes, sept variétés cévenoles (Doucette, Cabosse, Cagarlaou, Bouscasse de Brés, Rouget de Born, Reinette verte de Mende, Reinette d'Amboulne) ont été inscrites sur la liste des variétés locales et d'amateurs du Comité Technique Permanent de la Selection (CTPS) par l'association Fruits Oubliés. Le nombre de variétés de pommes en Cévennes ou dans les Pyrénées Orientales est un enjeu en soit pour la région Languedoc-Roussillon, mais reflète également un mode d'exploitation. L'utilisation de variétés très répandues est en effet une caractéristique des cultures industrielles, alors que l'utilisation de variétés locales, à but gustatif ou de conservation, peut être caractéristique d'une agriculture plus durable, préoccupée par le maintien de la biodiversité domestique. Il en est de même pour les châtaignes, les abeilles, les oliviers, etc.
II. Indicateurs existants
1. Indicateurs européens
Le SEBI propose un indicateur complexe de diversité génétique domestique :(I6) Livestock genetic diversity
- (a) Cattle genetic diversity in selected countries
- (b) Sheep genetic diversity in selected countries
Ces indicateurs donnent conjointement la proportion de races natives et de races natives en danger. Ils sont néanmoins assortis d'avertissements importants :
"There is still no agreement among countries on the definition of “native breeds” vs “non-native”. The figures provided are those reported by individual countries, based on their own definitions. This obviously determines the patterns seen in the graph. Loss of native breeds, when they change status from endangered to extinct, can reduce the proportion of native breeds that are endangered; therefore this indicator needs to be interpreted with care."
Pour la contribution française à cet indicateur européen, les données proviennent du BRG (Bureau des Ressources Génétiques), aujourd'hui fusionné avec l'Institut Français de la Biodiversité (IFB), donnant la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB).
=> définitions à demander
=> données régionales ??
Noter que le SEBI prévoit l'extension de cet indicateur aux ressources génétiques piscicoles et forestières.
2. Indicateurs nationaux
(15) Nombre de races animales et de variétés végétales enregistrées
L'indicateur proposé par la SNB relatif aux variétés végétales cultivées est biaisé, et fait l'objet d'une auto-critique : « Pour les variétés végétales, l’indicateur ne permet pas de suivre l’évolution des variétés traditionnelles, ni d’apprécier l’utilisation relative, en importance, des variétés répertoriées ; il ne donne ainsi pas d’information sur les tendances à l’homogénéisation. Il est de plus limité aux variétés commercialisées faisant l’objet d’une réglementation et donc inscrites. »
De plus, étant donné la méthode choisie, cet indicateur montre une augmentation perpétuelle, donnant une fausse image de l’évolution de la diversité domestique. Son intérêt est donc très discutable.
Noter l’intention de développer deux indicateurs supplémentaires :
(13) [diversité génétique des animaux domestiques]
(14) [diversité génétique des plantes cultivées]
3. Autres indicateurs existants
Monitoring Suisse
(Z1) nombre de races de bétail et variétés de plantes cultivées=> nombre de races bovines, porcines, ovines et caprines dont l'élevage est déclaré, et nombre de variétés déclarées dans la base de données nationale
(Z2) proportion des différentes races/variétés
=> proportion de chaque race dans les élevages suisses, et proportion des variétés commerciales dans les chiffres de vente ou surfaces cultivées
III. Propositions pour l'ORB
1. Diversité des races bovines
Les races bovines sont rangées en 3 catégories en France :- "races à très faibles effectifs" pour les races de moins de 1000 vaches (> 2 ans)
- "races à faibles effectifs" pour celles de moins de 10 000 vaches (> 2 ans).
- races à forts effectifs pour les autres.
Races à très faibles effectifs
Quatre races à très faibles effectifs sont présentes en Languedoc-Roussillon, représentant 14 éleveurs : Casta (44 têtes = vaches + génisses + taureaux), Ferrandaise (28), Lourdaise (10), Mirandaise (3). Cette notion de taille de population (donc de menace d'extinction) doit bien sûr être distinguée de la notion de berceau historique.Races locales
Les deux races dont le berceau d'origine est le plus proche du Languedoc Roussillon sont l'Aubrac et la Gasconne (respectivement 138 000 et 25 000 vaches dans toute le France), essentiellement présentes en Lozère (Aubrac) et dans l'Aude (Gasconne). Les deux suivantes sont les races camarguaises Raço di Biou et Brava, avec un certain nombre d'éleveurs dans le Gard et dans l'Hérault.Ces races n'ont pas forcément de faibles effectifs, mais elles participent à la préservation de la biodiversité car elles sont la plupart du temps menées en pâturage extensif, activité qui limite la fermeture des paysages et favorise certaines espèces de faune/flore menacées.
* Indicateurs possibles
Le suivi du nombre total de races bovines du Languedoc-Roussillon présente l'avantage de donner une image globale de la diversité des races dans la région. Cependant, il a l'inconvénient de mettre sur le même plan les races très répandues et les races d'intérêt régional, qui sont le véritable enjeu.Des indicateurs plus ciblés semblent particulièrement intéressants :
- les effectifs des races de conservation (très faibles effectifs) reflètent un fort enjeu, mais devraient être mis en relation avec l'effectif total de la race en France (voire dans le monde) pour réellement juger de la contribution régionale à la conservation de ces races.
- les effectifs des races locales (Aubrac, Gasconne, Raço Di Biou et Brava) sont intéressants car ils caractérisent l'évolution d'un mode de gestion pastorale traditionnel.
Ce problème rejoint celui de la différence d'approche entre la biodiversité sauvage ordinaire et la biodiversité sauvage remarquable. Il semble donc que deux indicateurs de diversité domestique soient nécessaires. Le premier, sensé refléter la diversité globale des races (diversité domestique ordinaire), pourrait présenter différents niveaux d'agrégation :
- la variété (une tendance par race)
- l'espèce (indice de diversité moyen pour les bovins, pour les caprins, les ovins etc)
- l'ensemble des variétés (indicateur très agrégé)
- races à très faible effectifs (nombre et proportion du total national)
- races locales (nombre et proportion du total national)
D'une manière générale, pour les indicateurs de présence des différentes races bovines, ovines, caprines etc. voir avec l'Institut de l'Elevage qui gère les bases de données nationales de l'identification (proportion d'animaux de telle ou telle race dans la région Languedoc-Roussillon).
Pour les races à très faibles effectifs, des données historiques existent, remontant sur une période de 10 à 30 ans en fonction des races. Ces données sont accessible mais uniquement au format papier avant 2007. A partir de 2007, les données sont informatisées et facilement accessibles à l'échelle régionale. L'inventaire est réalisé annuellement par l'Institut de l'Elevage et sera poursuivi dans le futur.
* Pour les races locales, les données doivent être demandées à leurs organismes de sélection respectifs:
- GASCONNE : Groupe Gascon, à Villeneuve du Paréage (09)
- AUBRAC : Unité pour la Race Aubrac, à la mairie de Laguiole (12)
- CAMARGUE : Livre généalogique de la Raço di Biou, Mas du Pont de Rousty à Arles (13)
2. Diversité des plantes cultivées
Dans le programme SEBI 2010, il apparaît concernant la biodiversité domestique que seul l’indicateur sur la diversité génétique du bétail ait été développé. Ceci est expliqué par un accès plus difficile aux données pour les autres groupes tels que les plantes cultivées. Cette difficulté à estimer de façon fiable et précise la diversité génétique des cultures semble partagée par les instances internationales qui travaillent à la mise en place d’indicateurs de biodiversité.Dans ce contexte, une première étude lancée en 2007 par Hamon et al. et soutenue financièrement par le BRG (Bureau des Ressources Génétiques), a consisté à concevoir un indicateur permettant d’estimer la diversité d’une espèce cultivée à l’échelle d’un territoire. Cet indicateur intègre à la fois des informations relatives aux distances génétiques entre les variétés, à la diversité intra-variétale et à la répartition des variétés dans l’espace agricole.
Dans un premier temps, cet indicateur a été testé sur le blé tendre, sur quelques départements. L'indicateur repose d'une part sur des données historiques (collections) et sur une analyse de ce matériel par marquage moléculaire pour déterminer la distance génétique entre variétés. Noter qu'aucune mesure de diversité intra-variétale n'a pu être effectuée sur cet exemple, étant donné le faible nombre d'échantillons dans les collections. Cette diversité a donc été estimée. D'autre part, cet indicateur nécessite des données sur le nombre de variétés effectivement cultivées et sur leur répartition (surfaces).
L'indicateur blé tendre a pour l'instant pu être calculé pour le Lot, l'Eure-et-Loir, le Lot-et-Garonne et le Nord-Pas-de-Calais, avec un recul de 100 ans. Il devrait être calculé pour d'autres départements dans le futur et il semble que la FRB dispose déjà des données pour les départements de la région LR (contact Isabelle Bonnin - FRB).
La FRB serait également intéressée pour collaborer avec l'ORB et la région LR pour appliquer cet indicateur sur la vigne, qui fait partie des espèces pérennes économiquement intéressantes, que la FRB souhaite étudier. Néanmoins, cela implique de récupérer les données de surface cultivées, et du côté génétique, l'INRA de Montpellier (P. This) doit disposer de données pour alimenter l'indicateur. Cela semble plus délicat pour d'autres espèces cultivées en LR (olives, pommes, châtaignes, figues...).
