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Espèces envahissantes

Sommaire de la page :

"la flore et la faune actuelles sont constituées d’arrivées successives d’espèces allochtones depuis la fin de la dernière ère glaciaire et pendant la période historique. Si certaines ont connu une phase de colonisation pouvant s’apparenter à des invasions, elles sont depuis pour la plupart naturalisées et établies dans les écosystèmes sans générer de déséquilibres [sic]. La période d’introduction, le temps qui s’est écoulé depuis l’introduction et l’ampleur de la prolifération et des perturbations biotiques occasionnées sont donc des facteurs clés pour définir le phénomène" (CEN LR, 2009)

Crabe d'eau douce Hérault
Le crabe d'eau douce de l'Hérault (Potamon ibericum - Bieberstein, 1809), espèce envahissante ? (S. Popy)

I. Un point nécessaire sur les définitions

1. Définitions du CBNMP* et de l'AME*

* Conservatoire Botanique National Méditérranéen de Porquerolles, Agence Méditerranéenne de l'Environnement

Dans le cadre du programme "Plantes envahissantes de la région méditerranéenne", l'Agence Méditerranéenne de l'Environnement et le Conservatoire Botanique de Porquerolles proposent des définitions :

  • "Une plante envahissante est par définition une “espèce exotique naturalisée dans un territoire qui modifie la composition, la structure et le fonctionnement des écosystèmes naturels ou semi-naturels dans lesquels elle se propage” (Cronq et Fuller, 1995) (in Plantes envahissantes de la région méditerranéenne - introduction)
  • "Les espèces « envahissantes » sont, pour le plus grand nombre, des espèces naturalisées, c’est à dire des espèces d’origine exotique qui prolifèrent dans des milieux semi-naturels et naturels distants de leurs territoires d’origine. Les espèces dites « envahissantes » se définissent également en fonction des impacts négatifs qu’elles font subir aux écosystèmes naturels, à l’agriculture, au paysage, à la santé … dès qu’elles prolifèrent. Le caractère envahissant d’une plante peut aussi être associé à des critères biologiques." Lien vers la source

Ces définitions restent assez vagues :
  • une espèce envahissante doit-elle être par définition exotique ? ("pour le plus grand nombre, des espèces naturalisées")
  • doit-elle simplement proliférer, ou avoir un impact réel/prouvé sur les écosystèmes ?

On notera qu'ici l'anglicisme "invasif" n'est jamais employé.

2. Définition de l'Atlas des espèces invasives du PNR Camargue

"Les espèces invasives peuvent être définies comme étant des espèces exogènes dont l'introduction, et la prolifération qui en découle [sic] provoquent ou sont susceptibles [sic] de provoquer des nuisances à l'environnement. [...] "

Cette définition pose également des questions :
  • une prolifération découle-t-elle de toutes les introductions d'espèces exotiques ? ("la prolifération qui en découle")
  • sur quelle base peut-on qualifier d'envahissante une espèce "susceptible de provoquer des nuisances" ?
"Pour les espèces non exogènes, il est préférable de ne pas utiliser le terme d'invasives (qui est un néologisme ou anglicisme dont l'utilisation devrait être restreinte aux espèces allocthones). En revanche, le terme "envahissante" peut être tout à fait approprié et permet de faire la distinction entre les deux catégories" (Costa, 2005)

Nous reviendrons plus bas sur le sens donné au néologisme "invasive" en Français et sur son origine anglaise.

3. Définitions retenues par le CENLR

Dans ses propositions d'orientations stratégiques pour un plan d'actions sur les espèces envahissantes de la faune du Languedoc-Roussillon (CEN LR, 2009), le CEN-LR a adopté des définitions différentes. Il différencie en particulier les termes "envahissant" et "invasif" : "En Français, le qualificatif « invasif » et son substantif associé (une « invasive ») sont des néologismes d’origine anglo-saxonne. Le néologisme « invasif » n’est cependant pas un équivalent du terme français « envahissant ». " (pas de référence pour cette dernière affirmation)

Les définitions adoptées par le CEN sont les suivantes :

  • Envahissante :
    • Espèce allochtone (exotique), introduite volontairement ou accidentellement, dont l’installation et la propagation menacent les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes avec des conséquences environnementales, et/ou économiques, et/ou sanitaires négatives dont l’accroissement de densité et/ou de l’aire de répartition est soutenu dans le temps.
    • Espèce autochtone dont les populations manifestent des processus démographiques qui, au même titre que les espèces allochtones, sont soutenus dans le temps. Une surpopulation de ces espèces peut avoir des répercussions similaires à la présence d’espèce allochtone.
  • Invasive : Espèce qui s’établit dans un nouveau domaine géographique (écosystèmes ou habitats naturels ou semi naturels) de façon soutenue dans le temps, et responsable de perturbations et de nuisances vis-à-vis de la diversité biologique, quelle que soit son origine (anthropique ou naturelle).

Le CEN LR reconnait donc que des espèce autochtones peuvent être envahissantes, ce qui tranche par rapport aux définitions habituelles focalisées sur les exotiques. En revanche, la différence avec "invasive" est obscure et l'intérêt de conserver cet adjectif interroge. Ce terme est néanmoins abandonné au profit d'envahissant dans la suite du rapport (ch. III) par souci d'homogénéité avec la SNB et la SRB.
Invasive étant un néologisme, il convient de revenir aux définitions anglophones d'origine pour y voir plus clair.

4. Définition de l'UICN

La définition anglophone de l'IUCN (Invasive Species Specialist Group - ISSG) est la suivante :

"Invasive alien species are animals, plants or other organisms introduced by man into places out of their natural range of distribution, where they become established and disperse, generating a negative impact on the local ecosystem and species."

Contrairement à ce qui est affirmé par certains auteurs français (Pascal et al., 2003), l'UICN ne parle pas "d'espèce invasive" mais - en anglais - "d'invasive alien species". La précision de l'adjectif "alien" semblerait impliquer qu'en langue anglaise, "invasive" seul n'implique pas l'allochtonie.

5. Définition retenue par l'EEA

L'EEA se base quant à elle sur la définition (également anglophone) issue de la Convention sur la Diversité Biologique :

"The Convention on Biological Diversity defines an alien species to be 'a species, subspecies or lower taxon, introduced outside its natural past or present distribution; includes any part, gametes, seeds, eggs, or propagules of such species that might survive and subsequently reproduce' while an invasive alien species is 'an alien species whose introduction and/or spread threaten biological diversity'." (EEA)

6. Des désaccords même en Anglais

Randall et al. (2008) utilisent quant à eux une périphrase qu'ils justifient par l'absence de définition claire du mot invasive en Anglais :

"To some authors, only plant species that are nonnative, spread into natural or seminatural habitats, and cause significant negative impacts to biodiversity meet the definition of ‘‘invasive’’ plants (Cronk and Fuller 1995; White et al. 1993). Others use the term ‘‘invasive’’ plants more broadly to cover all nonnative species with adverse effects on the economy, human health, and/or the environment (e.g., usage in U.S. National Invasive Species Plan, National Invasive Species Council 2001), and still others use ‘‘invasive’’ for all nonnative species that establish and spread beyond cultivation (Rejma´nek et al. 2002; Ricciardi and Cohen 2007; Richardson et al. 2000). In order to avoid confusion between these different definitions, we generally use the more precise (if longer) phrase ‘‘nonnative plants that negatively impact biodiversity’’"

Pour Pysek et al. (in DAISIE 2009), les espèces "invasives" sont par définition allochtones et se répandent rapidement, mais n'ont pas nécessairement un impact négatif :

"Invasive taxa are a subset of naturalised/established alien taxa, that produce reproductive offspring, often in very large numbers and have potential to spread exponentially over a large area, thus rapidly extending their range (Richardson et al. 2000; Occhipinti-Ambrogi and Galil 2004; Pyšek et al. 2004). This is usually associated, although not necessarily for an organism to qualify as invasive (Richardson et al. 2000; Elvira 2001), with causing significant harm to biological diversity, ecosystem functioning, socio-economic values and human health in invaded regions. From an ecological point of view, invasiveness is not bound to a type of habitat, hence a species may be invasive in natural/semi-natural or human-made habitats (Richardson et al. 2000). For conservation purposes, the term invasive usually relates to natural or semi-natural ecosystems or habitats (IUCN 2000, 2002)."

Pour les mêmes auteurs, la définition de l'allochtonie se base sur le concept de naturalité (natural range, past or present) et sur l'origine anthropique des introductions, sans donner de limite temporelle :

"Alien taxa (synonymous exotic, non-native, non-indigenous, allochthonous) are species, subspecies or lower taxa introduced outside of their natural range (past or present) and outside of their natural dispersal potential. Their presence in the given region is due to intentional or unintentional introduction or care by humans, or they have arrived there without the help of people from an area in which they are alien. This includes any part, gamete or propagule of such species that might survive and subsequently reproduce (IUCN 2000, 2002; Pyšek et al. 2004)."

Conclusion : attention aux anglicismes ?

Il semble pertinent de souligner la différence entre le caractère envahissant et le caractère allochtone comme le fait le CEN LR, car l'un n'implique pas l'autre, et le seul qui importe du point de vue écologique est le niveau d'impact de l'espèce sur les écosystèmes.

Les choix sémantiques sont cependant discutables. La distinction entre envahissant et allochtone serait immédiate par simple traduction littérale de l'expression "invasive alien species" utilisée par l'IUCN et l'EEA. Il semble qu'en Français, comme parfois en Anglais,le terme "alien" ait été éludé (car politiquement incorrect ?), et que le débat se soit focalisé sur le sens du néologisme "invasive", passé dans le langage courant des écologues.

Il faut noter que l'absence de traduction française du mot "invasive" a vraisemblablement pour origine une subtilité de langage inexistante en Français. En effet d'après le dictionnaire Robert & Collins :
  • Envahissante se traduirait plutôt par intrusive en Anglais, alors qu'envahisseur se traduit par invader et envahissement par invasion.
  • Invasive se traduirait plutôt par "qui gagne du terrain" ou "invasif" dans le cas d'un cancer.

La définition "qui gagne du terrain" semblerait plutôt en accord avec la définition de Pysek et al. qui précisent que le mot "invasive" n'implique pas nécessairement un impact négatif, mais seulement une progression rapide. Cependant, dans ce cas, cette définition devient peu intéressante car c'est bien l'impact qui est le seul enjeu écologique. Dans cette optique, l'expression utilisée par Randall et al. semble cohérente (abandon du mot invasive) et par conséquent plus correcte vis-à-vis de l'enjeu ("espèce non-native qui impacte négativement la biodiversité"). Malheureusement, cette expression semble inadaptée à un usage courant.

Côté Français, d'après le Petit Larousse illustré (1996) les définitions sont les suivantes :
  • invasif : 1. se dit d'une méthode d'exploration ou de soins nécessitant une lésion de l'organisme 2. caractère d'une tumeur qui s'étend et envahit les tissus voisins
  • envahir : 1. pénétrer dans un pays, une région, et l'occuper, 2. remplir, se répandre dans.
  • envahissant : qui envahit
  • envahisseur : celui qui envahit (un territoire, un autre pays, etc)
  • invasion : 1. action d'envahir [...] 2. arrivée massive d'animaux nuisibles

Que faire ?
Pour éviter toute ambiguïté concernant l'origine des espèces, il conviendrait avant toute chose de réintégrer le mot disparu (alien = allochtone, exogène ou exotique).

Concernant la traduction "d'impacte négativement la biodiversité", il semble d'une part que le mot invasive ne soit pas nécessairement le plus approprié en Anglais, et d'autre part qu'il y ait le choix entre plusieurs termes pour sa traduction en Français.
Si l'adjectif "nuisible" semblerait correspondre au mieux à l'idée évoquée, ce terme est devenu politiquement incorrect et ne peut donc pas être utilisé (espèce exotique nuisible). Par défaut, l'adjectif correspondant à "invasion" et ayant l'antécédent en Français étant "envahisseur", dans la suite, nous préfèrerons utiliser le mot français existant (envahissant). Il est cependant important de garder à l'esprit la quantité d'amalgames que peuvent véhiculer le choix de certains mots, en l'occurence ici, le fait qu'une espèce envahissante (qui se répand) ait un impact négative sur les espèces natives.

II. Enjeux propres au Languedoc-Roussillon

1. Multiplication des introductions d'espèce allochtones

La multiplication des introductions d'espèces non originaires du Languedoc-Roussillon augmente la probabilité que certaines de ces espèces deviennent envahissantes, trouvant dans la région des conditions favorables à un développement exponentiel (absence de prédateurs, de parasites, de compétiteurs). Ces introductions sont de plusieurs types :
  • volontaires (chasse, pêche),
  • involontaires (horticulture (++), ballastages, déballastages, transport routier, train, avion, intensification des échanges, bois tropicaux, animaux d'élevage, grands travaux d'infrastructures, commerce d'animaux de compagnie, jardinage),
  • changement climatique

2. Des espèces autochtones qui deviennent envahissantes

Les espèces allochtones ne sont pas les seules espèces envahissantes. Certaines espèces autochtones peuvent devenir envahissantes pour diverses raisons :
  • déséquilibre agro-sylvo-cynégétique (sanglier),
  • conséquence de mesures de protection réglementaires (cormoran, héron cendré),
  • changements d'habitats et de pratiques,
  • ressource alimentaire d'origine anthropique (goélands) etc...

3. Conséquences négatives des espèces envahissantes pour la biodiversité

Parmi les espèces envahissantes du Languedoc-Roussillon ayant un impact sur la biodiversité, on trouvera principalement :
  • des espèces fortement compétitrices, modifiant radicalement certains habitats (jussie) et/ou excluant d'autres espèces (goéland)
  • des espèces vectrices de maladies (écrevisse de Louisiane)
  • des maladies et parasites (Chytridiomycose des amphibiens)

4. Liste d'espèces exotiques envahissantes du Languedoc-Roussillon

a. Les 15 plantes exotiques les plus envahissantes selon le CBN


Ailante glanduleux, Faux-vernis du Japon - Ailanthus altissima (Miller) Swingle
Ambroisie à feuille d’armoise - Ambrosia artemisiifolia L.
Balsamine de l’Himalaya - Impatiens glandulifera Royle
Buddleia, Arbre aux papillons - Buddleja davidii Franchet
Faux-indigo - Amorpha fruticosa L.
Griffes de sorcière - Carpobrotus acinaciformis (L.) L. Bolus et C. edulis (L.) N.E. Br.
Herbe de la pampa - Cortaderia selloana (Schultes) Asch. et Graebner
Jussies - Ludwigia grandiflora (Michaux) Greuter & Burdet et L. peploides (Kunth) P.H. Raven
Lippia - Lippia canescens Kunth
Mimosa d’hiver - Acacia dealbata Link
Morelle jaune - Solanum elaeagnifolium (Cav.)
Oponces ou Figuiers de Barbarie - Opuntia spp.
Renouée du Japon et Renouée de Sakhaline - Reynoutria japonica Houtt. et R. sachalinensis (Friedrich Schmidt Petrop.) Nakai
Robinier faux-acacia - Robinia pseudoacacia L.
Séneçon du Cap - Senecio inaequidens DC.
Séneçon en arbre - Baccharis halimifolia L.

Source : Guide des plantes envahissantes de la région méditerranéenne

Une liste de 51 espèces a été publiée plus récemment (2007) par le CBNMed : Télécharger le PDF

b. Listes provisoires pour la faune (CEN LR)

L'année de référence pour déterminer l'aspect allochtone ou autochtone est 1945 (choix arbitraire).

(i) Faune exotique
  • Envahissante
"Ont été considérées dans cette catégorie, les espèces non autochtones de France, ayant été introduites avec succès en Europe, présentes en Languedoc-Roussillon et dont les nuisances occasionnées à la faune, la flore ou les habitats, sont avérées mais pas forcément évaluées précisément en LR." (CEN LR)

Vison d’Amérique - Mustela lutreola
Rat musqué - Ondatra zibethicus
Rat surmulot - Rattus norvegicus
Rat noir - Rattus rattus
Ragondin - Myocastor coypus
Grenouilles vertes - Rana cf. bedriagae / ridibunda
Carassin doré - Carassius auratus
Perche soleil - Lepomis gibbosus
Gambusie - Gambusia holbrooki (G. affinis)
Poisson-chat - Ameiurus melas
Silure glane - Silurus glanis
Ibis sacré - Threskiormis aethiopicus
Tortue de Floride - Trachemys scripta
Ecrevisse rouge de Louisiane - Procambarus clarkii
Ecrevisse signal - Pacifastatus leniusculus
Ver marin “Cascail” - Ficopomatus enigmaticus

  • Considérée comme à surveiller
Erismature rousse - Oxyura jamaicensis
Flamant nain - Phoeniconaias minor
Flamant du Chili - Phoenicopterus chilensis
Perruche à collier - Psittacula krameri
Etourneau triste (Martin triste) - Acridotheres tristis
Tortue grecque - Testudo graeca
Agame commun - Agama agama

(ii) Faune autochtone
  • Envahissante
Goéland leucophée - Larus michahellis
Grand Cormoran - Phalacrocorax carbo
Sanglier - Sus scrofa

  • Impact sur la biodiversité à mesurer
Etourneau sansonnet - Sturnus vulgaris
Choucas des tours - Corvus monedula
Pie bavarde - Pica pica

III. Indicateurs existants

1. Indicateurs européens

Noter que le SEBI utilise les termes "invasive alien species" et distingue donc l'aspect "envahissant" de l'aspect "étranger". Il propose un indicateur complexe (I10) qui distingue le nombre d'espèces étrangères, du nombre d'espèces étrangères invasives constituant une menace supposée pour la biodiversité.

(10) Invasive alien species in Europe
  • (a) Cumulative number of alien species established in terrestrial environment
  • (b) Cumulative number of alien species establishd in freshwater environment
  • (c) Alien species in European marine/estuarine Waters
  • (d) Number of worst invasive alien species threatening biodiversity in Europe per country

Les indicateurs a et b ne concernent pas la France (absence de données temporelles). Les données proviennent du projet européen DAISIE (http://www.europe-aliens.org/).

2. Indicateurs nationaux

Noter l’intention de développer un indicateur :
(23) nombre d’espèces allochtones invasives

3. Autres indicateurs

ORGFH

(I70) Mise en place et suivi d'un observatoire sur les espèces envahissantes en LR

Suisse

(E8) Surfaces forestières dominées par des espèces allochtones

IV. Réflexion

1. Se concentrer sur l'aspect envahissant plutôt que sur l'aspect exotique

La notion d’espèce envahissante est souvent restrictive : pourquoi la limiter aux espèces « étrangères », qui dans la majorité des cas ne posent pas de problème, au lieu de la définir par rapport aux dégâts causés (incluant les espèces autochtones envahissantes) ?

Une attitude équilibrée serait de proposer une alternative, tout en respectant le point de vue européen (qui ignore les espèces autochtones envahissantes). Cette attitude pourrait consister à fournir deux indicateurs sur le thème espèces envahissantes correspondant à deux visions différentes du problème :
  • (1) les espèces exotiques envahissantes
  • (2) les espèces autochtones envahissantes

2. Quelles mesures adopter ?

Stratégie 1 : présence dans des listes

Le suivi du nombre d'espèces envahissantes dans des listes régionales d'espèces envahissantes (CBN et CEN LR) demande l'élaboration de protocoles de classement qui soient homogènes dans le temps et entre groupes biologiques, ce qui n'est pas encore le cas. Ces données devront donc être interprétées avec prudence. De plus, ces listes devront être renouvelées dans le temps (recul actuel ?). Comme pour les Listes Rouges, cette stratégie risque d'être peu sensibles aux changements.

Stratégie 2 : suivis d'espèces sélectionnées

Comme dans le cas de la diversité spécifique remarquable une seconde stratégie est de bâtir des indicateurs sur la base de suivis d'abondances d'une liste d'espèces sélectionnées. Ces données existent-t-elles aujourd'hui ?

[contribution souhaitée]

V. Propositions

1. Etat et évolution de la menace

La proposition d'indicateur suivante pourrait être séparée en plusieurs indicateurs, mais à l'instar de l'observatoire suisse, nous préférons les regrouper en un indicateur complexe, pour une meilleure lisibilité du tableau de bord. Cet indicateur "espèces envahissantes" regroupera plusieurs types de mesures :

tableau indicateur sp envahissantes

=> Voir la fiche indicateur "Espèces envahissantes"

2. Impact des espèces envahissantes sur la biodiversité

Il pourrait être bénéfique pour l'observatoire de répertorier les preuves de l'impact des espèces envahissantes sur la biodiversité au niveau régional. Quelques pistes :

a. Compétition

  • pression biotique exercée par les espèces exotiques sur les espèces endémiques de poissons de Méditerranée (thèse Frida BEN RAIS LASRAM, UMII, 2009)
  • [contributions souhaitées]

=> Voir la fiche indicateur "Impact des espèces envahissantes sur la biodiversité"

b. Epidémiologie

Un certain nombre d'exemples montrent que les pertes de biodiversité peuvent aussi avoir des causes épidémiologiques, très souvent des introductions de virus ou de pathogènes exotiques. Parmi les exemples les plus remarquables on peut citer :
  • le déclin de l'écrevisse à pattes blanches, victime de l'Aphanomycose, transmise par les écrevisses américaines, en particulier l'écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii).
  • l'avancement de la Chytridiomycose (Batrachochytrium dendrobatidis) chez les amphibiens (voir avec le programme RACE : Risk Assessment of Chytridiomycosis to European Amphibian Biodiversity). Cette maladie véhiculée notamment par le Crapaud buffle n'a pas encore atteint la région mais est présente dans le Sud-Ouest de la France et en Espagne.
carte chytridiomycose
Carte de répartition de la Chytridiomycose - Source : http://www.spatialepidemiology.net/bd-maps/maps/

=> voir la proposition d'indicateur Progression de la Chytridiomycose chez les Amphibiens

  • le déclin rapide du lapin de garenne en région méditerranéenne et ses effets désastreux sur la biodiversité, dû à l'introduction d'un virus (VIH) via des lâchers de lièvres (cf article et voir Delibes-Mateos et al 2008 cité dans biblio)
  • la maladie de carré (morbillivirus) chez les dauphins, dont l'origine exacte n'est pas identifiée (début sur les phoques de mer du nord, puis passage aux dauphins de méditerranée en 1991-1992 puis reprise en 2008..)

Cette thématique pourrait être comprise dans l'indicateur "Impact des espèces envahissantes sur la biodiversité", car ces maladies sont souvent véhiculées par l'introduction d'espèces exotiques et peuvent elles-mêmes être considérées comme des espèces envahissantes. Cependant, étant donné la particularité du sujet (échelle, mécanismes, acteurs concernés) nous proposons d'en faire un indicateur à part.

=> Voir la proposition d'indicateur synthétique "Epizooties"

VI. Améliorations à apporter

  • nécessité d'homogénéisation entre les différents acteurs (flore et faune) : définitions, critères
  • soutenir les suivis d'espèces
  • renforcer les programmes de recherche sur l'impact réel des espèces considérées comme envahissantes sur la biodiversité régionale

=> développement du programme DAISIE
=> constitution d'un observatoire national des espèces envahissantes

Voir la page consacrée à la gestion des espèces envahissantes et à son évaluation

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Commentaires sur cette page.
de JeanLaurent, le 02.11.2009 à 11:50:10
A propos des espèces envahissantes :

Un petit rappel sur la théorie des chaînes alimentaires et de la place (du rôle) des prédateurs dans les écosystèmes semble intéressant...

Il semble convenu (voir manuels scolaires) que l'on peut distinguer, pour faire simple :
  • 1- des végétaux qui se nourrissent des éléments minéraux et physiques (soleil),
  • 2- des animaux qui mangent les végétaux : ce niveau est donc, dans nos pays, peu soumis à des contraintes car les végétaux sont présents en toute saison et partout,
  • 3- des animaux qui mangent les autres animaux : ceux-ci sont contraints par la ressource alimentaire, on les nomme prédateurs.

Le Héron cendré et le Grand Cormoran sont des oiseaux prédateurs. Leur dynamique de population naturelle est directement liée à la ressource trophique, en l'occurrence des poissons pour les deux espèces + amphibiens et micro-mammifères pour le Héron.

Les augmentations de population des deux espèces, le Héron cendré dès la protection légale à la fin des années '70, le Grand Cormoran en rapport avec l'arrêt du prélèvement des ?ufs au Danemark et aux Pays-Bas (à vérifier...), ont été spectaculaires et ont entraîné des réactions sociales hostiles de la part des pêcheurs et chasseurs (solidaires des premiers), face à un dérèglement des équilibres naturels...

Sauf que...

Les deux espèces présentent des courbes d'évolution des populations tout à fait similaires, avec une période de forte augmentation suivie d'une croissance moins rapide et l'atteinte d'un plateau, une certaine stabilité numérique.

Les deux espèces étant opportunistes dans le choix des leurs proies (elles consomment ce qu'elles trouvent en plus grande quantité sur les lieux de pêche), leur progression exceptionnelle n'est peut-être que le reflet de la remontée de population pour regagner le niveau naturel initial ! L'Homme, par son activité soutenue de destruction historique des nids et des individus a, finalement, maintenu un niveau bas de population de manière tout à fait artificielle. Le seuil atteint par les courbes de croissance des populations montre que ces prédateurs ont recouvré une population en lien avec la ressource trophique, donc le fameux équilibre naturel.

L'autorisation de tir du Grand Cormoran (espèce protégée...) a été validée par le Muséum National d'Histoire Naturelle uniquement pour répondre à une attente sociale, non pas biologique.

Conclusion : classer le Héron cendré et le Grand Cormoran parmi les espèces envahissantes revient à répondre à une demande sociale (en fait d'une toute petite partie de la société) et non pas à se soucier de la biodiversité des des inter-relations entre espèces et écosystèmes.

Jean-Laurent Hentz
de SimonPopy, le 02.11.2009 à 11:51:54
Commentaire qui pose - une fois de plus - la question des critères de classification des espèces en tant qu'envahissantes (dégâts avérés, ou menace supposée). Une réponse du CEN serait bienvenue sur ce sujet délicat. Quoi qu'il en soit, pour couper court aux supputations de toutes sortes, quoi de mieux que de fournir les courbes d'évolution des abondances de ces espèces ? Reste à trouver des données fiables au niveau régional (protocole homogène dans le temps)
de SimonPopy, le 03.11.2009 à 15:14:42
On peut se demander pourquoi le chat n'est pas considéré par le CEN dans les espèces envahissantes autochtones, étant donné son impact sur la petite faune (?)
de SimonPopy, le 23.11.2009 à 10:53:18
Idem pour le héron cendré