Biodiversité remarquable, biodiversité ordinaire
Définitions
Les expressions biodiversité remarquable et biodiversité ordinaire sont souvent utilisée mais rarement définies.Pour certains, la diversité remarquable est associée aux espaces protégés (C. Mougenot, 2003), et la nature ordinaire aux espaces non protégés. Cette définition géographique est reprise par la Stratégie Nationale de la Biodiversité (MEDD, 2004) selon laquelle la diversité ordinaire porte "sur l'ensemble des territoires et non pas seulement sur les seuls espaces protégés parce que particulièrement remarquables"
Pour certains, la biodiversité ordinaire est la diversité associée aux espaces anthropisés.
Le rapport Chevassus-au-Louis (2009) donne une définition plus précise et générale :
- l’une, qualifiée de « remarquable », correspondant à des entités (des gènes, des espèces, des habitats, des paysages) que la société a identifiées comme ayant une valeur intrinsèque et fondée principalement sur d’autres valeurs qu’économiques ;
- l’autre, qualifiée de « générale » (ou « ordinaire »), n’ayant pas de valeur intrinsèque identifiée comme telle mais qui, par l’abondance et les multiples interactions entre ses entités, contribue à des degrés divers au fonctionnement des écosystèmes et à la production des services qu’y trouvent nos sociétés."
On notera que cette biodiversité ordinaire est parfois appelée diversité "fonctionnelle" car assurant le fonctionnement de l'écosystème (à ne pas interpréter au sens strict de "diversité des types fonctionnels").
Intérêt de la distinction
Les moyens à mettre en oeuvre pour suivre la diversité ordinaire sont souvent importants (nécessité de mise en place de monitoring de grande ampleur et coûteux) pour une faible sensibilité aux changements. On peut donc se poser la question de l'adéquation entre la fin et les moyens nécessaires aux suivis de la biodiversité ordinaire. Mais ils ont l'avantage d'offrir une vision plus objective de la biodiversité dans sa globalité.L'intérêt de mesurer séparément ces deux types de diversités réside dans le compromis nécessaire entre la sensibilité des indicateurs, et leur aspect généralisable. Ainsi, les indicateurs basés sur les espèces rares ou menacées présentent un fort pouvoir de détection des changements (sensibilité), mais sont difficilement généralisables à l'ensemble des espèces. Au contraire, les indicateurs de diversité ordinaire, commune, totale, sont par construction moins sensibles aux changements, mais reflètent mieux les changements moyens. Qui plus est, les espèces communes sont plus largement distribuées. Ces deux types d'indicateurs répondent à des objectifs différents, impossibles à rassembler en un seul indicateur idéal. Ils sont donc complémentaires.
Il est néanmoins évident que la biodiversité totale est difficile à mesurer de manière exhaustive. Il s'agira donc de proposer des indicateurs suffisamment représentatifs de son évolution.
La diversité remarquable, quant à elle, présente une deuxième caractéristique : le biais lié à sa définition, dès lors que l'on souhaite la mesurer.
Des diversités remarquables ?
Le rapport Chevassus-au-Louis assortit sa définition de l'avertissement suivant :"On soulignera que cette distinction d’entités « remarquables » n’est pas purement biologique : elle combine des critères écologiques (la rareté ou un rôle fonctionnel déterminant s’il s’agit d’espèces), sociologiques (le caractère « patrimonial »), économiques (la prédominance des valeurs de non-usage sur les valeurs d’usage) et éventuellement juridiques (aires bénéficiant d’un statut de protection, espèces inscrites sur une liste officielle).
Remarquable peut donc avoir plusieurs acceptions, non nécessairement équivalentes. On distinguera principalement les diversités remarquables :
- menacée : cette diversité a la propriété d'être sensible aux changements si son évolution n'est pas biaisée par des mesures de protection spécifiques
- rare : les espèces rares ne sont pas nécessairement menacées et ne font pas forcément l'objet de mesures de protection.
- patrimoniale : au sens sociologique du terme, elles ne sont pas nécessairement en danger mais elles sont importantes pour la société.
- protégée : non nécessairement menacée localement, non nécessairement patrimoniale, non nécessairement rare, et probablement affectée par des mesures de protection (biais à prendre en compte). Pour certains auteurs, cet indicateur est le pire qui soit (Simberloff).
Si l'enjeu de l'observatoire (d'un point de vue politique, par exemple) se révélait être manifestement d'ordre juridique, il conviendrait de recibler cette définition sur la diversité protégée légalement. Cependant, il faut être conscient que cette restriction ne donnerait qu'une vision biaisée de la réalité écologique, étant donnés les multiples biais inhérents à la constitution des listes d'espèces protégées (biais d'échelle, biais taxonomiques, biais méthodologiques, sociologiques etc), et le biais inhérent à la protection-même de ces espèces. L'indicateur "espèces protégées" aura plus sa place dans les indicateurs d'impact des politiques environnementales sur la biodiversité.
